Renouveler notre esprit pour discerner la volonté de Dieu

Renouveler notre esprit
pour discerner la volonté de Dieu

Abbé Samih Raad

Homélie du TO A

 

Frères et sœurs bien-aimés,

Saint Paul nous conduit aujourd’hui au cœur du mystère de la vie chrétienne : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).

Cette parole révèle un mouvement intérieur de la grâce : sortir de la ressemblance avec ce qui passe, recevoir un esprit nouveau et entrer peu à peu dans le discernement de Dieu.

« Ne prenez pas pour modèle le monde présent. » (Rm 12, 2)

Le monde, dans le langage de saint Paul, n’est pas la création de Dieu, ni l’humanité que le Christ est venu sauver. Le monde est cette manière de vivre où Dieu devient progressivement absent du regard de l’homme (Jn 1, 10).

Nous vivons au milieu de ce monde, nous partageons son histoire, ses joies et ses blessures. Mais au cœur même de cette existence terrestre, l’Évangile ouvre une autre profondeur (Jn 17, 15-18).

L’homme selon l’Évangile ne mesure plus toute chose selon l’apparence. Il découvre que la véritable richesse est dans le don, que la véritable grandeur est dans l’humilité, que la véritable liberté est dans la communion avec Dieu (Mc 10, 42-45). C’est pourquoi le Christ ne nous arrache pas au monde : il nous y envoie comme sa lumière. (Jn 17, 15-18)

« Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser. » (Rm 12, 2)

Ici commence le véritable mystère de la conversion. Dans le christianisme, l’homme n’est pas seulement appelé à modifier ses Actes ; il est appelé à recevoir une intelligence illuminée par la grâce. Le νοῦς, cette intelligence profonde du cœur, retrouve progressivement sa lumière lorsqu’il se tourne vers Dieu (Ep 4, 23).

La conversion devient alors une illumination intérieure (2 Co 4, 6). Notre regard sur les personnes change. Notre regard sur notre histoire change. Même notre regard sur nos blessures peut changer. Là où nous ne voyions qu’un échec, la grâce peut faire apparaître un chemin. Là où nous ne voyions qu’une séparation, Dieu peut ouvrir un chemin de communion ( Rm 8, 28).

C’est pourquoi la messe nous fait proclamer : « Élevons notre cœur ! » (Col 3, 1-2)

Ce mouvement est profondément chrétien : l’homme est appelé à élever son intelligence et son esprit vers Dieu afin que toute son existence soit progressivement transfigurée par la lumière divine (Rm 8, 29).

« Pour discerner quelle est la volonté de Dieu. » (Rm 12, 2)

Le discernement vient alors comme le fruit de cette illumination (Ph 1, 9-10). Lorsque le cœur devient silencieux, il commence à reconnaître la présence de Dieu dans les événements, dans les rencontres, dans les appels secrets de la vie (Jn 10, 27).

La volonté de Dieu n’est pas seulement une règle écrite devant nous. Elle est une relation vivante avec Celui qui nous appelle (Jn 15, 15-16).

Le disciple apprend ainsi à entendre cette question silencieuse de Dieu : « Où veux-tu que ma grâce te conduise aujourd’hui ? » Et peu à peu, sa vie devient une réponse (Lc 1, 38).

Voilà pourquoi le chrétien peut être appelé ambassadeur du Christ. Il demeure dans le monde sans appartenir à ses ténèbres. Il porte en lui une lumière reçue, non fabriquée. Il devient une présence discrète du Royaume (Ph 2, 15).

Alors les paroles de saint Paul prennent toute leur profondeur : « ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

(Rm 12, 2). Le bon, le beau, le vrai apparaissent comme les fruits d’une vie qui se laisse conduire par l’Esprit (Rm 8, 14).

Frères et sœurs, demandons au Seigneur cette grâce : que notre intelligence soit illuminée, que notre cœur retrouve son unité et que notre existence devienne un lieu où la lumière du Christ peut demeurer (Ep 1, 17-18).

Et lorsque nous retournerons dans le monde, que notre présence puisse simplement dire, sans beaucoup de paroles, qu’une autre lumière existe : la lumière du Ressuscité. (Jn 8, 12)

À lui la gloire, avec son Père éternel et son Esprit très saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

Metz, 28 août 2026