Accepter une invitation, honorer une rencontre

Accepter une invitation, honorer une rencontre

« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » (Mt 22, 9)

28 TO A

Abbé Samih Raad

Frères et sœurs,

Lorsque je reçois des invités, il m’arrive souvent de leur dire : « Merci d’avoir accepté mon invitation. » Cette phrase me tient à cœur. Elle exprime ma gratitude envers celui qui a choisi de venir, alors qu’il aurait pu consacrer son temps à tant d’autres choses. Car inviter quelqu’un, c’est déjà lui faire une place dans sa vie ; accepter l’invitation, c’est honorer ce geste et reconnaître le désir de rencontre qui l’a fait naître.

Il y a quelque chose de profondément humain dans ce mouvement qui conduit une personne vers une autre. Depuis les premiers récits de la Genèse, l’existence humaine se déploie dans la relation. Nous recevons la vie, nous grandissons grâce à la présence des autres, nous partageons le pain et nous nous construisons à travers les rencontres. Un repas, dès lors, n’est jamais seulement une affaire de nourriture : il devient un lieu où des personnes se donnent mutuellement du temps, de l’attention et une part de leur existence.

Au fond, nous n’invitons pas seulement quelqu’un à notre table ; nous lui disons qu’il compte pour nous. Et celui qui accepte nous offre quelque chose que l’argent ne peut acheter : sa présence librement consentie.

Mais toute invitation porte en elle une possibilité fragile : celle d’être refusée. Celui qui invite s’expose, car il manifeste un désir dont l’autre demeure libre de ne pas répondre. Le refus appartient à cette liberté. Pourtant, lorsque nous refusons systématiquement toute invitation, toute disponibilité à l’autre risque de s’effacer derrière la volonté de rester maître de son temps et de son espace. Nous pouvons alors préserver notre indépendance tout en nous privant de ce qui enrichit une existence : la rencontre, l’amitié, la découverte de l’autre et parfois la transformation de nous-mêmes.

Être libre, en effet, ce n’est pas seulement pouvoir choisir sa route ; c’est aussi pouvoir accueillir quelqu’un sur cette route et accepter que sa présence en modifie le cours.

C’est ici que la parabole de Jésus prend toute sa profondeur. Le roi prépare les noces de son fils et appelle ses invités. Tout est prêt, la joie est offerte, la table attend. Pourtant, certains préfèrent poursuivre leurs occupations. Le drame ne réside pas simplement dans un repas délaissé, mais dans une relation qui ne parvient pas à se nouer. L’invitation leur ouvrait un chemin vers une joie partagée ; ils ne lui donnent pas suite.

Jésus nous révèle ainsi quelque chose de Dieu. Dieu est celui qui invite, qui appelle et qui prépare une place. Son Royaume ressemble à des noces parce que le salut est une communion : Dieu désire nous faire participer à sa vie. Et lorsque les premiers invités se détournent, le roi envoie ses serviteurs aux croisées des chemins : « Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » La grâce élargit l’horizon de la rencontre. Elle rejoint les bons comme les mauvais, ceux qui se sentent dignes comme ceux qui n’oseraient pas espérer une place.

Frères et sœurs, chaque Eucharistie nous place devant cette invitation. Le Christ nous rassemble à sa table et nous donne sa vie. Nous venons avec ce que nous sommes, et nous recevons de lui la possibilité d’entrer plus profondément dans la communion avec Dieu et avec nos frères.

Alors, lorsque nous entendons l’appel du Seigneur, souvenons-nous de ces mots que je dis à mes invités : « Merci d’avoir accepté mon invitation. » Peut-être pouvons-nous les entendre, d’une certaine manière, comme une parole que Dieu adresse à chacun de nous : merci d’avoir répondu, merci d’être venu, merci d’avoir fait une place à cette rencontre.

Et nous, à notre tour, apprenons à inviter, à accueillir et à ouvrir nos tables. Car la joie reçue devient véritablement féconde lorsqu’elle se partage.

Seigneur, donne-nous la liberté du cœur qui sait répondre à ton appel, la générosité de celui qui ouvre sa porte et la joie de celui qui découvre, dans chaque rencontre véritable, un chemin vers toi. Amen.