“Oui” et “Non” : la vérité qui engendre la vie

Homélie 6TO A

Abbé Samih Raad

Frères et sœurs,

« Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » Cette parole du Christ, rapportée par l’Évangile selon saint Matthieu, ne relève pas d’un simple code de bienséance. Elle touche la structure même de l’existence croyante. Elle nous introduit au cœur de l’éthique évangélique : l’unité intérieure entre la parole, la conscience et l’être. La Parole de ce jour nous appelle précisément à une justice intérieure, plus profonde que l’apparence et que la stricte observance extérieure ; elle exige une conversion du cœur et une vérité sans compromis. Il ne s’agit pas seulement d’éviter le meurtre, mais de purifier la colère ; non seulement de fuir l’adultère, mais de convertir le regard ; non seulement de respecter formellement les serments, mais de devenir des hommes et des femmes dont la parole est transparente, simple et droite.

Dans l’Écriture, la parole n’est jamais un son fugitif ; elle est acte. Dieu crée par la Parole. L’homme, créé à l’image de Dieu, participe à cette dignité : ce qu’il dit engage son être. Ainsi, le oui et le non ne sont pas de simples particules grammaticales ; ils sont des décisions existentielles. Ils déterminent l’orientation profonde de la personne et configurent son histoire vers la vie ou vers la mort.

Il y a une force inaugurale du oui. Dire oui, c’est consentir à l’appel, entrer dans une dynamique de fécondité. Le oui ouvre l’avenir, il rend possible l’alliance, il fonde la fidélité. Dans le mariage, dans la consécration religieuse, dans l’ordination, le oui n’est pas seulement réponse à une proposition : il est donation de soi. Il configure l’existence tout entière.

Mais le oui n’est vital que s’il est enraciné dans la vérité. Un oui dicté par la peur, par l’intérêt ou par le mensonge devient trahison. Il n’ouvre pas à la vie ; il enferme dans la duplicité. C’est pourquoi le Christ nous appelle à la simplicité radicale : une parole transparente, ajustée à la vérité intérieure.

Et le non ? Le non est souvent redouté, comme s’il était nécessairement négatif. Pourtant, le non peut être acte de liberté. Dire non au péché, non à l’injustice, non à la compromission, c’est protéger la vie. Le non devient alors un rempart contre la mort morale. Il est une affirmation indirecte du bien. Refuser le mal, c’est déjà choisir la vie.

Toute l’histoire du salut s’ouvre sur un oui. Le fiat de la Vierge Marie, dans l’Évangile selon saint Luc, constitue l’acte inaugural du christianisme. Ce oui fut prononcé dans la nuit de l’incompréhension, au cœur d’un paradoxe qui semblait défier les lois naturelles. Marie ne nie pas la nature ; elle consent à ce que la grâce la dépasse et l’accomplisse. Son oui est un acte de foi pure : il ouvre le monde à l’Incarnation.

Inversement, le drame du péché originel peut se lire comme un non adressé à Dieu : non à la confiance, non à la dépendance filiale. Ce non a introduit la mort dans l’histoire humaine. Ainsi se révèle la gravité de nos propres choix quotidiens.

Frères et sœurs, notre époque est marquée par l’ambiguïté, par les demi-vérités, par les paroles floues qui évitent l’engagement. Le Christ nous appelle à une cohérence intérieure. Notre oui doit être un acte de foi ; notre non, un acte de discernement. Dans cette rectitude simple et courageuse, notre parole devient participation à la Parole éternelle. Alors notre vie elle-même devient un oui offert à Dieu, et un non ferme à tout ce qui détruit l’homme.

Metz, le 12 février 2026

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