Mon départ, mais notre foi demeure

Mon départ, mais notre foi demeure

Chers amis et paroissiens,

En quittant cette paroisse qui fut la mienne durant ces huit années, je ressens avant tout une profonde gratitude. Nous avons partagé de belles joies, de simples instants de fraternité comme de grandes fêtes qui ont marqué notre vie commune.

Ici, j’ai grandi. Vous m’avez permis d’apprendre, jour après jour, ce que signifie être pasteur au milieu d’un peuple de Dieu. Le Seigneur m’a aussi donné de précieux collaborateurs, des frères et des sœurs engagés, qui m’ont soutenu et permis de poursuivre mon chemin avec confiance.

Je porte dans ma mémoire vos visages, vos histoires, vos gestes de foi et d’amitié. Chaque rencontre, chaque sourire, chaque prière partagée est un trésor qui m’accompagne et continue à nourrir mon cœur.

Si le Seigneur m’appelle aujourd’hui à poursuivre le chemin ailleurs, je demeure profondément uni à vous dans la prière. Car nous savons que l’Église n’appartient ni à un curé, ni à une génération, ni à une communauté particulière : elle est et restera toujours le Corps vivant du Christ. C’est Lui qui demeure, Lui qui conduit, Lui qui ouvre l’avenir. Comme saint Paul nous le rappelle, « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Romains 8,39) ; confiance et assurance qui soutiennent toute communauté.

Dès le jour de mon ordination, j’ai compris que ma vie serait à jamais liée à l’autel. Dans mon Église d’origine, le rite prévoit que l’évêque incline la tête du nouveau prêtre contre l’autel consacré pendant les prières de la consécration. Lorsque ce geste a été posé sur moi, l’évêque a appuyé avec force et, en me relevant, une marque était restée sur mon front. Ce signe m’a fait comprendre, de manière presque charnelle, que j’appartenais désormais à l’autel du Christ, à l’unique Église sainte, catholique et apostolique, répandue à travers le monde.

Par ce geste, j’ai aussi perçu que Dieu me conduirait au-delà de ma terre d’origine : un prêtre n’appartient plus à un lieu, mais à l’Église tout entière.

Aujourd’hui, je sais qu’il ne me restera jamais rien de vraiment « à moi », sinon une étole, signe de mon service aux sacrements pour le peuple de Dieu ; un stylo, rappel que j’ai choisi de servir sa Parole ; et ma propre fragilité. Ma fragilité, comme le dit saint Paul à propos de « l’écharde dans la chair » (2 Corinthiens 12,7). Et pourtant, avec ces humbles instruments, le Seigneur me comble de sa force, me donnant un renouvellement perpétuel au cœur même de mes faiblesses. « Je puis tout en celui qui me fortifie » (Philippiens 4,13), même dans mes limites et mes fragilités.

Au début de la messe, j’aime méditer ces paroles : « Ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église. » Je les adresse à chacun de vous : « Ne regarde pas ma faiblesse, ni mes erreurs, ni celles de mon peuple que tu m’as confié, mais la foi vivante de l’Église. Cette foi pure, qui incarne la vérité révélée en Jésus-Christ et qui traverse les siècles, reste notre lumière et notre guide. Qu’elle aide chaque chrétien à comprendre le sens du pardon et à accueillir la miséricorde de Dieu. »

Comme saint Paul l’exhorte : « Faites toutes choses avec amour » (1 Corinthiens 16,14). C’est dans l’amour que nous partageons, dans le service et dans la fraternité, que se vit pleinement l’Évangile.

Je vous confie à son amour, afin que vous restiez toujours une communauté habitée par la foi, l’espérance, la charité et le goût de l’Évangile. Accueillez chaque jour comme un don et un appel, et continuez à construire ensemble la vie de votre paroisse, dans la joie et la confiance en Dieu. Je vous invite à accueillir chaleureusement le ministère de votre futur curé, l’abbé Daniel Sarritzu, certain que le Seigneur continuera à guider cette communauté avec fidélité et amour.

Merci pour ce que vous m’avez donné, pour ce que nous avons construit ensemble et pour chaque instant partagé. Je pars le cœur rempli, certain que « celui qui a commencé en vous cette œuvre bonne la mènera à son achèvement » (Ph 1,6). Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, et que la paix du Christ habite toujours vos cœurs.

Et, pour chacun et chacune d’entre vous, je vous mets sous la cape maternelle de Marie, afin qu’elle vous protège et vous guide toujours sur le chemin du Seigneur.

Avec toute mon affection fraternelle et ma prière,
Abbé Samih Raad

Kfarnabrakh, Liban, le 24 août 2025

Un commentaire

  1. Très beau texte Samih. Ton chemin continue avec d’autres obligations dans ta vie chrétienne. Que Marie te protège également.
    Avec mon amitié Christiane

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