Quand tout vacille, reste Maranatha

Il y a des jours où l’on ne sait plus très bien comment prier. Quand la guerre gronde à nos portes, quand la peur s’insinue dans les conversations et dans les silences, quand le cœur est saturé d’images de ruines et de cris, il semble que les mots se dérobent, que les prières se brisent contre le bruit du monde.
Comme beaucoup, je suis inquiet.
Mon cœur est traversé par une angoisse sourde, une inquiétude qui ne me quitte plus.
J’ai connu la guerre — non pas dans les livres, mais dans la chair de mes souvenirs. Je sais ce qu’elle emporte avec elle : les maisons, les rêves, les certitudes, et parfois même la foi.
Hier, j’ai échangé quelques messages avec le pasteur Didier Sturtzer, pasteur émérite de notre ville, avec qui je partage une amitié fraternelle profonde. Nous nous sommes dits peu de choses — quelques mots à peine, empreints de cette retenue que la gravité des circonstances impose. Mais au creux de ce silence respectueux, une phrase a surgi, limpide, incisive, essentielle :
« La seule prière qui vaille : MARANATHA. »
Maranatha : « Viens, Seigneur. »
Un mot qui est cri, appel, supplication.
Un mot qui traverse les siècles et les langues, intact dans sa densité.
Un mot qui ne s’adresse pas à un Dieu lointain, mais à un Dieu que nous attendons comme on attend l’aube, comme on espère la pluie sur une terre brûlée.
Alors je me suis mis à prier. Non pas pour comprendre. Non pas pour expliquer. Mais pour crier doucement :
Seigneur, prends pitié.
Viens. Viens vite.
Délivre cette terre des ténèbres qu’elle enfante au nom même de ta lumière.
Délivre-la des idéologies qui t’utilisent pour semer la mort.
Viens, montre-nous ton visage.
Un visage de paix, un visage de pardon, un visage d’amour crucifié.
En temps de guerre, croire n’est pas fuir la réalité. C’est l’habiter autrement.
C’est refuser de laisser la peur devenir notre seule boussole.
C’est croire qu’au milieu du vacarme, un silence plus profond encore attend d’être entendu.
Celui du Dieu qui frappe à la porte, non pour juger, mais pour guérir.
Maranatha.
Viens, Seigneur Jésus.
Et fais de nous des artisans de ta paix — même tremblants, même incertains, mais tenus debout par ta présence.
Abbé Samih Raad
Hombourg-Haut 20 juin 2025