
Seigneur, apprends-nous à prier
(Homélie : Messe pour le repos de l’âme de notre sœur Amale)
Chers frères et sœurs,
Chers membres bien-aimés de ma famille, chers amis,
En ce moment de vérité et de simplicité, une prière monte du plus profond de nos cœurs :
« Seigneur, apprends-nous à prier. »
Cette parole que les disciples ont un jour adressée à Jésus devient aujourd’hui la nôtre. Nous voici réunis autour de cet autel, portés par l’amour d’Amale, qui est pour nous une sœur, un membre de la famille une amie.
Oui, c’est elle qui nous rassemble. Elle nous invite, aujourd’hui encore, à célébrer ensemble l’eucharistie pour le repos de son âme, mais aussi pour faire grandir en nous ce qu’elle a semé au long de sa vie : la patience, la paix, la bonté, la foi, la lumière.
Quelques heures avant sa mort, Amale a écrit deux phrases dans ses notes sur son téléphone. Deux phrases d’une simplicité bouleversante, mais d’une densité spirituelle infinie :
1. « Des pensées positives dans ma tête. »
2. « Merci Jésus. »
Tout est dit.
Tout ce qu’elle a vécu.
Tout ce que nous cherchons, parfois maladroitement, à vivre.
La première phrase — « Des pensées positives » — n’est pas un slogan. C’est un choix. Un regard posé sur la vie, même à travers la douleur, même depuis la frontière invisible entre la vie et la mort. Elle affirme, contre toute tentation de repli ou de désespoir, que la vie reste belle, que l’amour est plus fort que l’épreuve, que l’espérance a toujours le dernier mot.
Et la deuxième — « Merci Jésus » — est une prière pure, une prière offerte, sans attente ni demande. Une prière qui ne calcule pas. Une prière qui s’émerveille. Elle remercie pour le don de la vie, pour les visages aimés, pour ce qui fut donné, pour ce qui reste caché… pour tout.
Ces deux paroles résument le chemin d’Amale — et peut-être aussi le chemin de notre famille. Un chemin d’intériorité, de confiance, d’ouverture, de gratitude.
Aujourd’hui, en offrant cette eucharistie, je rends grâce à Dieu :
- Pour Ilham et Bassam, pour la joie de leur foyer, et pour leurs enfants, promesse et sourire de l’avenir.
- Pour Wajih et Nihad, qui incarnent, jour après jour, la fidélité, la tendresse, la force tranquille de l’amour vrai.
- Pour Thérèse : pour sa consécration, sa soif spirituelle, son intelligence enracinée dans l’Évangile, et à travers elle, pour nos sœurs de la charité de Jean-Antide Thouret qui sont pour une deuxième famille.
- Pour Jihane, la plus jeune peut-être, mais la plus solide parmi nous tous. Celle sur qui l’on peut toujours compter dans le silence et la discrétion.
Je rends grâce aussi pour mes 31 années de sacerdoce, remplies de rêves, d’efforts, de traversées, de fruits visibles et invisibles. Des années où j’ai moi aussi appris à dire, humblement :
« Merci Jésus. »
Et je rends grâce enfin pour vous, notre grande famille, pour chaque frère, chaque sœur chaque ami que Dieu a semés sur notre route.
Oui, Seigneur, apprends-nous à prier.
Apprends-nous à faire de notre vie une offrande.
Apprends-nous à discerner ta volonté, jour après jour.
Apprends-nous à te reconnaître dans les visages que tu nous donnes d’aimer.
Saint Paul disait : « Ayez en vous les dispositions qui étaient dans le Christ Jésus. » (Ph 2,5)
Et aujourd’hui, j’ose dire : Ayez en vous les pensées qui habitaient Amale.
Elle nous a appris que la foi ne fuit pas le réel, mais qu’elle l’habite, avec douceur, avec courage.
Elle nous a appris que prier, c’est savoir dire merci, même quand tout vacille.
Elle nous a appris que la joie est un choix, un choix enraciné dans la présence silencieuse mais agissante du Christ.
Alors, Seigneur, du fond de notre deuil et de notre amour, nous te redisons ensemble :
Apprends-nous à prier.
Apprends-nous à aimer comme Amale a aimé.
Apprends-nous à te dire merci, dans la lumière comme dans la nuit.
Et toi, Jésus, doux et humble de cœur,
accueille Amale auprès de toi,
et dis-lui les mots que ton cœur seul peut dire :
« Viens, servante bonne et fidèle,
entre dans la joie de ton maître. »
Amen.