Moi, prêtre, vase d’argile -2-

Moi, prêtre, vase d’argile

-2-

Abbé Samih RAAD

 

Je viens de ce Mont Liban
que le prophète Isaïe contemplait en s’exclamant :
« Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds de ceux qui annoncent la paix ! »
Mais moi, je l’avoue avec humilité :
je n’ai pas toujours été, comme je l’espérais,
ce messager de paix que le Seigneur attendait.
Il m’est arrivé de me taire quand il fallait parler,
et de parler sans que l’amour en soit la source.

Je suis prêtre.
Et le seul titre qui me convienne vraiment,
c’est celui de laveur de pieds.
Je suis un serviteur des pieds fatigués, poussiéreux, blessés.
Et je ne cherche pas plus.
Ma théologie est une théologie des pieds —
des pieds du Christ,
des pieds de ceux qui marchent à Sa suite.

Je ne fais que continuer la route commencée à Jérusalem,
au matin de la Résurrection,
lorsque l’Esprit est descendu,
et qu’un peuple s’est mis à marcher vers le Royaume.

Quand vous me voyez,
ne vous arrêtez pas à mes défauts visibles.
Car ce n’est pas moi que vous voyez.
Je ne suis pas moi.
Je suis porté par des épaules plus grandes que les miennes.
Je porte avec moi l’apôtre Pierre, Ignace d’Antioche, Jean Chrysostome, Jean le Damascène,
et tous les témoins que l’Esprit a façonnés pour l’Église.

Dans le Christ, je ne m’appartiens pas.
Je suis issu des martyrs, des justes, des ascètes, des poètes du Verbe.
Et même si l’Église semble parfois affaiblie dans ses membres et ses chefs,
elle est grande, car elle vient de Dieu,
et Dieu ne se trompe jamais dans Son choix de demeure.

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