L’amour qui réveille
Abbé Samih RAAD

Il arrive sans fracas, comme un matin clair après une nuit de doute. Il n’impose rien, il ne conquiert pas. Il se déploie doucement, comme une main tendue ou un silence qui comprend. Avec la bonne personne, l’amour ne s’impose pas : il dévoile. Il ne trouble pas : il pacifie. Il ne consume pas : il éclaire.
La première fois, on tombe amoureux d’elle – de sa manière d’être, de sa présence qui ne cherche pas à briller mais à être vraie. C’est un amour sans masque, sans jeu. Une évidence tranquille.
La deuxième fois, on tombe amoureux de soi. Non pas par orgueil, mais par reconnaissance. On se découvre capable d’être aimé sans se travestir, digne d’attention même dans ses failles. On cesse de se juger. Le regard de l’autre devient un miroir où l’on se réconcilie avec soi-même.
Et puis il y a la troisième chute, la plus vaste. Celle où l’on retombe en amour avec la vie. Tout paraît plus vaste, plus doux, plus signifiant. Les petites choses reprennent leur place sacrée : le vent dans les arbres, les rires volés, la lumière sur une joue. La vie n’a pas changé, mais elle est soudain plus habitable.
Cet amour ne promet pas l’éternité, mais il laisse une empreinte d’éternel. Il ne nous enferme pas dans une histoire, il nous rend à l’essentiel. Il ne sauve pas, il révèle. Il ne demande pas de devenir quelqu’un d’autre, il invite à devenir soi – en confiance, en profondeur.
Et peut-être est-ce cela, le miracle : qu’un être, par sa seule façon d’aimer, nous rende à la fois plus humain et plus vivant.
Hombourg-Haut, le 15 mars 2025