Le soufisme, chemin vers Dieu…
Samih RAAD

Le soufisme est l’aspect de la vie religieuse musulmane, est souvent appelé « mystique musulmane ».
La mystique est au sommet de toute religion, et elle est un type de rapports avec l’Absolu ou Dieu. Elle permet de s’unir avec l’être humain avec Dieu ou de vivre un état de jouissance profonde, non pas par l’exercice de la connaissance méditative seulement, mais par la connaissance intuitive, dans « le fond de l’âme ».
Un soufi c’est un mystique. Il n’est pas seulement un théologien musulman qui pense et puis écrit sa réflexion, mais plutôt quelqu’un qui pratique une « relation » privée et intuitive avec Dieu… même s’il met, lui personnellement ou un de ses disciples, cette expérience quelque fois par écrit… reste que les mots ne permettent pas toujours de rendre la substance de son expérience.
« Le soufisme n’a aucune unité. Chaque maître se constitue une cohorte de disciples attirés par la réputation de son enseignement. Tout au plus, ces maîtres déclarent se rattacher à une » confrérie « ,elle même fondée par un célèbre soufi des siècles passés ; personne ne vérifie une quelconque orthodoxie de l’enseignement donné, du moment qu’il se réfère à l’Islam. »[1]
D’où vient le mot soufisme en islam ?
Le mot soufisme, entré dans l’usage français, est forgé à partir du mot « al-tasawwûf » (التصوُّف). Les soufis s’appellent eux-mêmes « al-soufiya » (الصوفية) ou « les gens du soufisme » « Ahl al-tasawwûf » (أهل التصوُّف). On propose plusieurs possibilités de son étymologie, et proposées presque dans tous les livres sur le soufisme.
- L’hypothèse des études sur l’étymologie, la plus courante, est que le mot soufi et ses dérivés viennent de l’arabe sûf signifiant laine. Ce mot ferait allusion à la coutume des soufis de se distinguer en partant des vêtements et un manteau de laine (la khirqa). Ce mot « tasawwof » est le nom verbal de la cinquième forme dérivée de la racine « sûf », il signifie « faire profession de soufisme », et on l’emploie pour parler du soufisme tout court. Le mot ne contiendrait donc étymologiquement aucune référence à la doctrine spirituelle qui distingue les soufis en islam.[2]
Je cite ici un essaie du Robert Caspar : « On n’oublie pas que la l’habit de laine blanche revêtaient les moines et les ascètes chrétiens d’Orient. Les premiers musulmans ne s’y sont pas trompés et disaient aux premiers soufis : « Débarrasse-toi de votre chrétiennerie » « da‘ ‘an-ka nasrâniyyata-ka hâdih »(اخلع عنك نصرانيتكم) .[3] Je ne me trouve pas pour cette essaie et je ne vois d’où Caspar trouver cette citation.
- De« safâ » (صفا)en arabe, qui devient« yasfû » (يصفو), qui veut dire : purifier, c’est à la 3ème forme passive: « sûfiya » (صوفية), qui veut dire : être purifié.
- De « ahl al-asuffa » (أهل الصفوة): les pauvres qui se tenaient sur la « banquette » à l’entrée de la maison de Mohammad à Médine.
- De « al-saff al-awwal » (الصف الأوَّل): le premier rang des fidèles à la prière, c’est une sorte de piété.
- Une autre essaie, à première vue plus satisfaisante, considère le mot comme une transcription du grec sofos, qui veut dire : sage.[4] Mais je suis plus proche de l’explication de Jacqueline Chabbi qui refuse cette approche et dit qu’il n’y a pas aucun lien entre le mot soufi et la traduction du mot sagesse en arabe : hikmâ (حكمة) ou la traduction du mot philosophe : faylasûf (فيلسوف).[5]
- Personnellement, je reste plus proche de la définition faite par Louis Massignon qui dit que ce mot soufi est dérivé du mot « sûf » en arabe qui signifie la laine blanche, ensuite d’une robe parfois noire ou rayée.[6] Et je trouve que l’explication faite par Chabbi est bonne, quand elle dit : « Le soufisme justifie fréquemment le port de la robe de laine en affirment qu’elle a été l’habit des prophètes d’avant Mohammad et notamment celui de Jésus. »
Eux-mêmes, les soufis voient dans le soufisme c’est la science par laquelle on connaît les modalités du voyage vers le Roi des rois, c’est aussi la purification intérieure des vices (تصفية داخلية من الرذائل)(tasfiyyadâkhilîyyâ min al-radhâ’îl) et l’embellissement intérieur par toutes les vertus (فضائل)(fada’il), ou l’effacement de la créature, qu’elle soit éperdue dans la vision de la Vérité (الحقّ)(al-Haqq) qui est Dieu, ou qu’il y ait retour vers le monde manifesté. Son début est « science » (علم)(‘ilm), son quotidien « action » (عمل)(‘amal), et sa fin « don » (موهبة)(mawhiba) de la part de Dieu.
Le soufisme reste comme témoin de la religion mystique en Islam, est un phénomène spirituel d’une importance inappréciable. C’est essentiellement la fructification du message spirituel de l’islam, l’effort pour en revive personnellement les modalités, par une introspection du contenu de la Révélation qorânique. Le soufisme est une protestation éclatante, un témoignage irrémissible de l’islam spirituel contre toute tendance à réduire l’Islam à la religion légalitaire et technique d’une ascèse spirituelle dont les degrés, les progrès et les atteintes sollicitent toute une métaphysique désignée sous le nom de la connaissance absolue ‘irfân (عرفان). La polarité de la Loi islamique al-sharî’â (الشريعة) et de la Vérité al-haqîqâ est donc essentielle à sa vie et à sa doctrine, plus complètement dit : la triade formée par la sharî’at (donnée littérale de la Révélation), la tarîqat (la vérité spirituel comme réalisation personnelle).[7]
[1] Michel Malherbes, Les Religions de l’Humanité, Critérion, Paris, 2004, p 192.
[2] Henry Corbin (avec la collaboration Sayyed Hosseïn Nasr et Osman Yahya) : La philosophie islamique des origines à la mort d’Averroès, in Histoire de la philosophie I vol. 2, sous la direction de Brice Parain, Antiquité – Moyen âge Gallimard1969, p 1157.
[3] Robert Caspar : Cours de soufisme (Mystique musulman), Institut Pontifical d’Etudes Arabes (I.P.E.A), Roma, 1968, p. 3. (Polycopie)
[4] Henry Corbin (avec la collaboration Sayyed Hosseïn Nasr et Osman Yahya) : La philosophie islamique des origines à la mort d’Averroès, in Histoire de la philosophie I vol. 2, sous la direction de Brice Parain, Antiquité – Moyen âge Gallimard1969, p 1157.
[5] Jacqueline Chabbi : Soufisme, in Universalis tome ?, p 1202.
[6] L. Massignon : Essai sur le lexique technique de la mystique musulman, 153.
[7] Henry Corbin (avec la collaboration Sayyed Hosseïn Nasr et Osman Yahya) : La philosophie islamique des origines à la mort d’Averroès, in Histoire de la philosophie I vol. 2, sous la direction de Brice Parain, Antiquité – Moyen âge Gallimard1969, p 1157.
(Crédit photo: Samih RAAD)