Enracinés dans le Christ
Abbé Samih RAAD
Dans ce temps de crise économique que nous vivons, notre société est déstabilisée. Nous ne sommes pas très nombreux dans nos lieux de culte et nous devons faire face à un manque de vocations sacerdotales. En effet, de moins en moins de jeunes hommes et de jeunes femmes trouvent leur vocation dans la vie religieuse missionnaire ou contemplative… Dans cette période difficile, nous sommes invités à nous enraciner de nouveau dans la source de notre foi, dans le Christ.
Nous croyons que notre Communauté chrétienne a une singularité dans sa doctrine, ses règles de conduite, sa morale et ses dogmes. C’est dans le Christ que se situent ses racines et c’est de Lui qu’elles se nourrissent. Et elle peut donc dépasser cette crise et jouer de nouveau son rôle dans notre monde.
L’Eglise est d’abord une communion des frères et sœurs. Mais il ne s’agit pas seulement d’avoir ce sentiment fraternel, mais plutôt de ressentir une appartenance au Christ Fils de Dieu.
Saint Paul voit dans l’Eglise le « Corps » du Christ. « Le Christ est le sauveur de son corps » (Ep 5, 23). « Le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle ; il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave, et cela par la Parole ; il a voulu la présenter à Lui-même, splendide, sans tache, ni ride, ni aucun défaut. » (Ep 5, 25-27).
Dans sa première lettre apostolique, il y a deux mille ans, saint Pierre nous donne un texte formidable, qui nous offre espoir, espérance, sécurité et assurance. Dans le premier chapitre de cette lettre, il nous dit : « Moi, Pierre, Apôtre du Christ Jésus, à vous qui êtes comme en exil, dispersés dans les provinces du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie, choisis selon le plan de Dieu le Père, dans l’Esprit qui sanctifie, pour obéir à Jésus Christ et être purifiés par son sang, que la grâce et la paix vous soient accordées en abondance. Béni soit Dieu, le Père de Jésus-Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus-Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps. Vous en tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l’or, cet or voué pourtant à disparaître, qu’on vérifie par le feu. Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus-Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l’aboutissement de votre foi. Sur ce salut, les prophètes ont réfléchi et médité, et ils ont annoncé la grâce que vous deviez recevoir. » (1 Pierre 1, 1 – 10).
Qu’il est beau ce texte de saint Pierre quand il nous rappelle aujourd’hui que nous sommes comme en exil, que notre demeure ne nous appartient pas ! Saint Paul utilise une autre figure : il dit que nous sommes des ambassadeurs du Christ sur cette terre (2 Col 5, 20). Le chrétien vit dans cette terre, mais en même temps son cœur est dans son vrai pays, dans sa vraie demeure : le ciel.
Pour saint Pierre, nous sommes des « élus », des « choisis » selon un « plan » divin, tracé par une volonté sacrée. Ce plan est trinitaire : né par Dieu le Père, sanctifié par l’Esprit, purifié par l’obéissance et par le sang de Jésus Christ. Tout cela est dû à la grâce de Dieu, à sa bienveillance, à sa générosité, à sa « grande miséricorde ».
Pour l’Eglise primitive comme pour nous, Saint Pierre nous rappelle trois points : nous sommes nés de nouveau, grâce à la résurrection de Jésus Christ, pour une vivante espérance et pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement.
La résurrection de Jésus Christ est la clé de voute de notre foi. Saint Paul a dit : « Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet, et notre foi est sans objet. » (1 Cor 15, 14). La résurrection du Christ est active dans notre temps, elle nous transforme, nous sanctifie et maintient son Eglise toujours jeune. « C’est bien de cela qu’il s’agit dans nos communautés : dans quelle mesure saurons-nous être plus encore qu’une organisation bien huilée, avec des objectifs valables et de beaux résultats que beaucoup nous envieront peut-être ? Sommes-nous assez conscients d’être enracinés dans le Christ ? Si notre tâche est bien d’aider les hommes, notre force et notre joie consistent à connaitre le Christ et à Le faire aimer. Quelle est l’image du Christ qui inspire toute notre pensée et notre action ? Car c’est aussi pour nous que vaut cette parole de Paul : ‘‘Pour moi, vivre c’est le Christ’’ (cf. Ph 1,21). »